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Un très discret froissement de tissu et une effluve fleurie annoncent l’arrivée de Liau dans la pièce, elle s’assoit tout naturellement entre sa sœur et lui, qui ose à peine ouvrir les yeux, continuant à imprégner sa mémoire de cette émanation juvénile.

L’alchimie qui procède aux mélanges des senteurs du corps et du parfum qui l’habille confère quelquefois au sublime, et c’est le cas, à cet instant.

Lorsqu’il consent à ‘revenir’ c’est pour découvrir une Liau souriante, certes un peu pale encore, mais avec beaucoup de malice dans le plus profond de ses yeux couleur de nuit.

Pendant que le thé infuse, elle lui tend une coupe emplie de petits gâteaux, François se sert, fixe intensément la jeune fille et la gratifie d’un : « Merci charmante Lio »

Celle-ci lui rend son sourire, se tourne vers sa sœur et tout en tendant les gâteaux, lui adresse une question. Leur bref échange semble être un chant entre deux oiseaux du paradis.

Lee Ann précise : « Pardon pour cet aparté, nous dissertions sur le sens de ‘charmante’ »

Il semble à François que Lee a un court instant baissé les yeux et qu’un peu de rose a teinté ses joues en disant cela, ce qui n’est pas le cas de Liau.  La jeune ‘effrontée’ le fixe sans aucune marque apparente de trouble.

Puis très vite Lee poursuit :

« ….. Et surtout elle est ravie que son premier geste pour toi, soit accompagné en retour de ’son’ prénom.

Cela vous portera bonheur, à tous deux.

C’est ainsi, dans notre culture, lors d’un premier contact, si deux personnes s’échangent quelque chose avec une ‘chaleur’ réciproque …… enfin tu comprends ! Tu vois ce que je veux dire ? »

Devant la confusion de Lee, François et Liau éclatent de rire, ensemble et de bon cœur.

« Tiens ! Vous êtes trop bêtes tous les deux …. » Commence Lee, avant de les accompagner dans un fou rire commun.

Ce moment de partage, de dialogue et de taquineries se prolongera encore une heure, avant que François, à contrecœurs, ne soit dans l’obligation de quitter ses deux charmantes hôtesses.

Un salut asiatique est échangé entre François et Liau, qui laisse sa sœur raccompagner leur invité jusqu’au porche.

Lee Ann lui demande de repasser chaque jour où il le souhaite, pour une heure ou deux, au moment où il le peut, de préférence l’après-midi, afin qu’elle puisse se reposer, le matin, de son travail nocturne.

« Tu sais » dit-elle « je ne ‘monte’ pas avec des clients, on ne me demande que de les faire consommer, je ne sais pas pourquoi je te dis cela, mais je voulais que tu le saches, Liau Leen le sait, bien sur et me respecte pour cela »

« Tu sais.....» lui répond-t-il «même dans le cas contraire je t’aurais respectée, d’ailleurs je te respectais avant que tu ne me le précises ! Au revoir Lee, à très bientôt ».

 

Semaine du 24 au 30 juin

 

Dans la semaine qui suit, excepté à deux reprises pour cause de déplacement en province, François se rend chez ses amies. Ils font connaissance et apprennent à s’apprécier de plus en plus.

Même la relation entre les deux sœurs prend, aux yeux de François, une autre dimension, il les sent plus complices, plus proches, comme avides du temps présent, c’est son sentiment.

 

Week-end du 29 et 30 juin

 

Durant le week-end suivant, François décide tout naturellement de raconter à son épouse la rencontre et les visites à ses nouvelles relations. ‘Tout naturellement’, parce qu’il n’a aucun reproche à se faire dans son attitude.

A aucun moment il ne s’est posé la question de la réaction de Christine.

Elle est à l’image de leur relation, la confiance existe entre eux, et sa femme ne lui tient rigueur en aucune manière de la relation entamée, et à quel titre d’ailleurs ? Elle pose quelques questions, pas forcément celles auxquelles son mari s’attendait, mais il y répond dans la mesure où il a les réponses, où les suppose telles.

Elle relève les ‘allusions’ faites par Lee Ann sur le ‘devenir de Liau’ ou le ’portera bonheur à tous les deux’, en quoi François peut ou pourrait-il être concerné ?

Elle s’inquiète néanmoins de son manque d'assiduité professionnelle, mais sans lui en faire le reproche, juste pour le ramener quelque peu aux réalités.

 

Ce soir là, ils font l’amour avec une douce connivence, grâce peut être à ce liant indispensable qui est la confiance mutuelle, indispensable dans une vie de couple. Certainement que les confidences de son mari apportent à Christine un nouvel aperçu de la sensibilité de son mari, après tout n’était-ce pas pour cela qu’elle en était tombée amoureuse, n’en est-elle toujours pas la première et seule bénéficiaire ?  

Le sommeil réparateur les gagne tous les deux, blottis l’un contre l’autre, chacun avec ses pensées ; et contrairement à ces derniers jours, Christine, seule, est présente dans celles de François.

 

 

Mardi 02 juillet 

 

Ce mardi est pluvieux, François avant de rentrer chez lui, décide de passer saluer ses amies, même quelques minutes, un certain vague à l’âme qui a besoin d’être effacé par un moment ‘exotique’ avant de retrouver ‘le soleil’ de son épouse.

Après avoir fait ‘tinter’ le mobile sonore qui se trouve au dessus de la porte ‘bleue’, rien ne se produit, personne ne vient lui ouvrir.

Il réitère son geste, sans plus de résultat, mais il lui semble cependant entendre un léger gémissement à l’intérieur.

Hésitant sur la conduite à tenir, il pousse tout de même la porte, non verrouillée, et franchit le seuil.

Oui, il entend bien gémir, et à ses appels personne ne répond. Angoissé, maintenant, il s’avance avec appréhension et pénétrant dans le salon, découvre, avec horreur, Lio, livide, allongée à même le sol, recroquevillée, et geignant de douleur.

S’approchant précipitamment il voit son visage, ses cheveux et le haut de son chemisier souillés de vomissures.

Passant ses bras sous son corps, il la soulève le plus délicatement du monde, il lui semble à ce moment qu’elle ne pèse rien, et se dirige vers sa chambre.

Après l’avoir installée au mieux, couchée sur le coté pour éviter qu’elle ne s’étouffe dans sa demi inconscience, il entreprend de trouver dans la salle de bains de quoi nettoyer les souillures dont elle est maculée.

Il revient bien vite avec une cuvette d’eau tiède, dans laquelle il a plongé une minuscule savonnette, et un gant de toilette blanc trouvé dans le meuble sous le lavabo.

Il commence d’abord par lui faire boire, à l’aide d’un verre qu’il a amené à cet effet, un peu d’eau fraîche.

Elle réagit en recrachant dans un bol, qu’il tient sous ses lèvres, le peu de liquide qu’elle a absorbé, ouvre les yeux, le reconnaît, ses traits se détendent. Elle réussit à murmurer faiblement à son attention :

«François.....pas grave…..Lee revenir vite. »

Elle referme les yeux, et il ne sait si elle retombe dans l’inconscience où si elle cherche ainsi à reprendre des forces.

Il commence alors, à l’aide du gant, à redonner à son visage un aspect plus gracieux, lisse également ses courts cheveux collés et poisseux, et leurs rend un semblant de propreté.

L’odeur acre du vomi dénature le parfum lilas de la chambre.

Il déboutonne le chemisier souillé et découvre alors deux petits globes ronds et fermes agrémentés chacun d’une aréole sombre et peu étendue.

Il n’a pas pensé une seconde qu’elle se passait de dessous pour soutenir une poitrine, qui il est vrai n’en a nul besoin.

Passé sa surprise, il continue son déboutonnage, glisse son bras sous le cou de Lio, enlève le vêtement souillé et redépose sa tête sur l’oreiller moelleux.

Reprenant le gant de toilette, il l’imbibe de l’eau savonneuse encore tiède, et frictionne le haut du corps mis à nu, autant pour lui rendre sa virginité que pour  réchauffer Lio, qui frissonne par moment.

Tout à ses pensées, il ne remarque pas que sous son action les seins de la jeune femme s’arrondissent et que leurs tétons se dressent maintenant fièrement.

Seuls les gémissements qu’il entend dans le silence de la chambre lui font prendre conscience du changement qui s’est opéré.

Lio a ouvert les yeux et le regarde sans aucune gêne, il en est  troublé et doit combattre le légitime éveil de son propre corps. Il ne sait si la discrète complainte provient de l’extrême sensibilité des mamelons revenus à la vie où témoigne d’un plaisir plus sensuel. Il s’est arrêté sur le sein gauche, et les battements du cœur qu’il ressent sous sa main l’inclinent à penser plutôt à la deuxième possibilité.

Reprenant ses esprits, il recouvre d’un duvet le corps à moitié dénudé de Lio, en la bordant jusqu’à son gracieux petit nez retroussé. Captant sa main, elle la tient serrée contre sa joue, referme les yeux et refuse de le libérer.

Ils restent ainsi de longues minutes, lui assis au bord du lit, avec ses inquiétudes quant à ce qui a pu se produire, mais aussi rempli d’une troublante tendresse.

Elle, les yeux mi-clos qui tout en reprenant des forces, l’observe à la dérobée entre ses cils, tout en goûtant l’instant.

Un léger frisson lui parcoure le corps, c’est agréable ! Le désir lorsqu’il se remplit d’impatience est un doux sentiment qu’elle préfère lui tenir secret. Ne pas se faire d’idée, ne pas bâtir sur un avenir qui lui est interdit, ne pas le décevoir, ne pas perdre son amitié, sa tendresse, sa présence. Telles sont ses pensées.

 

Lorsque Lee Ann arrive, elle ne demande rien.

L’odeur résiduelle de vomissures, la tache dans le salon, la cuvette dans la chambre, le vêtement souillé et froissé posé à terre, l’attitude protectrice de François, sa main toujours captive de celle de la convalescente.

Lui, comprend de suite qu’elle connaît cette situation et semble durement affectée, comme une couche de fatalité qui s’ajoute à celles existantes.

Lio s’est paisiblement assoupie. Il peut, sans la réveiller, retirer sa main prisonnière et pourtant consentante, pour suivre Lee vers le salon.  

« J’arrive de la pharmacie, la nôtre est fermée et il a fallu que j’en cherche une autre……. »

Lee voit sur le visage de son interlocuteur qu’elle ne s‘en sortira pas comme ça.

« D‘accord François, je te dois toute la vérité, non pas que je t’ai menti, cela n’a jamais été le cas, mais je ne pouvais pas te parler plus tôt.

Ce que j’ai à te dire est très douloureux pour moi, et pourrait le devenir aussi  pour toi …... si tu veux savoir ….. ? »

François blêmit, mais lui fait comprendre qu’elle doit continuer.

« Liau Leen est malade.....très malade.

Cela a commencé il y a trois mois par des douleurs extrêmement violentes dans le ventre, puis rapidement des vomissements avec syncope. C’est à ce moment que j’ai décidé de consulter un médecin, les examens ont conclu très vite à une dégénérescence fulgurante du foie et du pancréas, non.....pas un cancer qui aurait pu être traité par de la chimiothérapie, mais une maladie orpheline, connue et fort peu répandue. »

Des larmes coulent de ses yeux, devenus infiniment tristes.

« François .....Lio est condamnée .....les crises se sont rapprochées.....les médecins lui donnent encore deux mois de vie … au maximum »

François complètement sonné, ne croyant pas encore à ce qu’il vient d’entendre, prend les mains de Lee, les serre dans les siennes, appuyant son front au sien ; ils se soutiennent un moment dans cette complicité dramatique.

« Tu sais .....» poursuit la jeune femme « Liau - Leen sait tout cela .....et l’ accepte beaucoup mieux que moi ».

 

S’ensuit un long moment de silence pendant lequel les sanglots de Lee s’atténuent, elle fait des efforts évidents pour se reprendre, d’autant que l’extériorisation des sentiments ne correspond pas à sa culture.

François, quant à lui sent le ‘poison’ de ce qu’il vient d’apprendre s’insinuer petit à petit dans son esprit et commence à lui glacer, véritablement, le cœur.

Elle le comprend, se relève lentement lui sert un remontant dans un petit verre, il boit machinalement, tousse sous l’attaque de l’alcool, la remercie avec le regard embué.

Certainement pour le secouer, et le ramener à la vie, elle s’adresse à lui :

« De ce que je te connais, de ce que tu m’as dit de ton épouse et de votre couple, …… je souhaiterai rencontrer Christine…. un thé (faible sourire), quand elle le veut, si elle y consent ? »

Il revient progressivement à ‘la surface’, grâce à l’action de l’alcool et au prénom de son épouse prononcé par Lee.

Qu’a-t-elle dit ? Oui ; il se rappelle.

 

Il  doit respirer, non pas s’enfuir, mais retrouver un point d’appui, Christine, il lui faut la présence de son épouse, sa compréhension, son épaule, ses lèvres son corps, son parfum, sa vie, oui ! Qu’elle le ramène à la vie.

 

Lee Ann le suit dans la petite chambre. Il embrasse Lio, toujours endormie, sur le front, hésite, et se penchant à nouveau dépose un baiser sur ses lèvres. Il ne serait pas reparti, ce jour là, sans laisser son cœur s’exprimer.

Lee le raccompagne, et le gratifie d’une bise sur chaque joue. Dans son esprit elle marque par son geste de tendresse inaccoutumé l’affection qu’elle lui porte, et ce qui différencient aussi les sentiments distincts qu’il porte à chacune d’elles.

L’a-t-il compris ? Elle l’ignore.

Il prend conscience au volant, sur le chemin du retour, qu’il vient de poser ses lèvres sur Lio pour la première fois.

Il n’en éprouve aucune culpabilité. Il pense qu’il en a ressenti le besoin, comme elle, en lui prenant la main ; deux gestes, lorsque les mots manquent et que le cœur s’exprime.

Il sent confusément que Lee, par sa tendre attitude, a tenté de lui faire passer un message.

Un sentiment de différenciation par rapport à sa sœur, mais aussi un acquiescement quant à son attitude.

 

Christine remarque de suite que quelque chose ‘cloche’ en le voyant apparaître hagard, les yeux embués, la démarche hésitante. Il lui raconte tout, sans rien occulter. Elle a les larmes aux yeux de le voir pleurer.

Ils font l’amour, en communion, sauvagement presque. C’est un combat pour la vie, seuls ceux qui ont perdus un proche de manière injuste, trop jeune où trop soudainement, peuvent le comprendre pour l’avoir ressenti.

Quand il faut chasser ce fantôme de mort qui vous ronge l’esprit, avec fougue et violence afin de prouver que la vie est la plus forte.

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 Question :  Depuis quand sont apparus les premiers symptômes du mal de Lio ? trois mois, six mois ou plus

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