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Mercredi 03 juillet

Au petit matin, le couple se retrouve au petit déjeuner, plus complice, plus proche.  Christine a résolu de ne pas laisser son mari porter seul cette douleur, cette épreuve les soude. Elle se doit, par amour pour lui,d'y prendre sa part. En tant que femme, se faire aussi une idée par elle-même. Elle lui dit, en portant le bol de lait à ses lèvres.  

« J'ai envie de les rencontrer, cela te gêne-t-il ? »

Il l'a regarde bizarrement, puis sourit et répond :

« Je t'aime pour ce que tu viens de dire .....Lee Ann m'a fait la même demande te concernant ; hier soir j'ai complètement oublié de t'en parler »

Christine arrange son emploi du temps afin de s'y rendre dans la journée, elle en informe son époux par téléphone afin qu'ils ne s'y retrouvent pas ensemble. Elle n'a aucune difficulté pour trouver le logement selon les indications de François, et l'accueil est à l'image de ce qu'il lui a décrit. C'est une rencontre de ' femmes'. Liau Leen paraît en bonne forme et porte un ensemble aux couleurs chatoyantes, composé d'un pantalon léger et d'un chemisier boutonné jusqu'au cou. « Comme il sied à une jeune asiatique » fait remarquer sa sour aînée, en taquinant sa benjamine.

En effet Lee Ann s'habille le plus souvent selon ses origines, à l'inverse Liau, du fait de son jeune age, qui est celui des révoltes, préfère des tenues plus 'occidentales', et l'on sent que c'est un jeu entre elles que de se chamailler à ce propos. Christine se sent tout de suite à l'aise, d'autant qu'elle est venue sans aucune arrière pensée, juste faire connaissance. Elles échangent sur tout et rien, goûtent des pâtisseries autour d'un vrai thé, Christine a le sentiment de n'en avoir jamais bu d'aussi délicieux. Liau picore plus qu'elle ne mange, prudente comme elle sait devoir l'être.

La crise la surprend, une crispation du visage que Christine traduit aussitôt, un hoquet de nausée, et Lee qui promptement bondit vers sa sour aimée.

« Ta gélule, ma chérie, vite ! »

L'ingestion immédiate a pour but de couper court à la douleur qui serpente de son ventre douloureux vers le haut de son corps. Christine n'est pas restée figée, toutes les deux soutiennent Liau afin qu'elle reste assise, que l'immonde lave du volcan qui la dévore ne vienne s'écouler des lèvres d'opale. Liau lutte, contrôle, ne connaissant que trop son bourreau. Ses yeux ne reflètent aucune terreur, mais plutôt une volonté que l'on sent déterminée. Le remède commence à faire effet, les spasmes se font moins violents, moins fréquents, maîtrisés, brisés et enfin vaincus.

« Tu veux te reposer, t'allonger un moment, petite sour ? » ceci dit plus sur le ton du conseil que sur celui d'une question. Elles la soutiennent pour gagner la petite chambre, plusieurs fois évoquée par François. Comme tu as du souffrir, mon amour en vivant cela ! Cette douleur injuste dans ce corps fait pour jouir de la vie, oui je te comprends !

La laissant, à demi inconsciente,mais soulagée, suite à l'absorption du remède, toutes deux regagnent le salon.

« La morphine est le seul médicament qui la soulage, c'est tout ce que les médecins peuvent faire pour elle, et encore je ne peux l'obtenir que par une ordonnance délivrée par l'hôpital et pour trois cachets par semaine. Il y a trois semaines deux suffisaient, et un seul il y a un mois et demi ! »

Elle semble chercher ses mots, mais en réalité c'est du courage à se confier dont elle a besoin, de cette aide qui lui fait défaut et qu'elle ne peut pas, ne se sent pas de solliciter.

« Tu sais Christine . », le tutoiement spontanée ne choque en rien Christine,

« .. c'est très dur pour moi .. je ne sais pas si je serai assez forte, si je saurai faire face lorsque le moment viendra .. je ne suis pas toujours là, imagine mon inquiétude lorsque je travaille, je ne peux m'arrêter, la morphine est chère et même dans son cas elle n'est pas remboursée .. sauf si j'accepte de l'hospitaliser. Ni elle ni moi ne le voulons. »

Elles parlent, parlent gravement et longtemps. Lee Ann a gardé trop de choses en elle, elle se confie pleinement et Christine sait l'écouter, d'autant qu'elle a besoin de l'entendre, de comprendre.

 

Lorsque Christine rejoint son mari dans leur maison si tranquille si loin de ce qu'elle vient de quitter, elle sent peser sur elle un grand poids, mais sait  que son mari sera en mesure de la soulager en partie. Elle ne rentre pas dans les détails douloureux et lui fait cette déclaration étonnante :

« François, je te propose que nous emmenions Liau Lee avec nous dans le midi, pour la durée des vacances .....ou plus.....suivant son état . Lee Ann est d'accord, si cela se fait, et je suis amenée à penser que Lio n'y mettra pas d'objection.  Ne me dis rien ce soir, non ! ne me réponds pas maintenant. Cela nous demandera beaucoup, ne sera pas toujours facile, réfléchis ! Il nous en coûtera à tous deux de manière différente, en serons-nous capable l'un et l'autre, dans quel état en sortirons-nous ? J'ai besoin d'y réfléchir aussi cette nuit, ta décision sera la mienne, demain. Maintenant, ne dis rien, allons nous coucher, j'ai besoin que tu me serres très fort dans tes bras, j'ai besoin de ta tendresse »

 

 

Jeudi 04 juillet 

Lorsqu'elle s'éveille au petit matin, elle devine plus qu'elle n'entend François au téléphone : « .. oui, Madame Mendosa, trois, nous aurons une invitée, une jeune femme, vous l'installerez dans la chambre à coté de la nôtre.. oui, nous y serons samedi midi .....comme vous voulez .....ratatouille, très bien ! A samedi et encore merci ». Il appelle ensuite Lee Ann, prend des nouvelles de Lio, confirme son accord réfléchi à l'initiative de son épouse. Il lui laisse bien sur le soin d'obtenir celui de sa petite sour.

 

 

Vendredi O5 juillet 

Liau Leen est, par la force des choses, la dernière consultée. Sans le consentement du couple, sa sour ne pouvait lui parler de ce projet dont Christine est l'instigatrice, elle même l'a rejointe dans la démarche en reconnaissant le sérieux des arguments de sa nouvelle amie. Liau ressent confusément, dans ce qui lui est le plus intime, le plus secret, qu'elle ne doit pas refuser. Mais laisser seule sa sour tant aimée, celle qui prend soin d'elle ? n'est-ce pas un abandon, une lâcheté ? Lee Ann sait la convaincre du contraire, et la rassurer. Elles pourront se téléphoner, et sa grande sour descendra passer quelques week-ends. Elle se refuse à en faire le compte, le compteur des jours lui est trop douloureux pour évoquer tout ce qui s'y rattache. Elles préparent ensemble la valise, quelques 'fétiches' auxquelles la petite tient et ajoute les trois dernières gélules de morphine dont elle dispose dans une boite à pilules.

 

 

 

Samedi 06 juillet

Le voyage se passe sans encombre, Lio n'a du paysage qu'une idée assez vague, de celle que l'on a d'un parcours sur autoroute. Son intérêt s'accroît lorsqu'ils en sortent pour emprunter de petites routes, elle entend pour la première fois le chant des cigales, autrement qu'à la télévision, et sent les parfums du midi : lavande, thym, romarin, .. Le soleil inonde le paysage et les passages de plus en plus fréquents sous les ombrages sont appréciés. François ralentit, peu après la traversée d'un petit village typiquement provençal, et emprunte une allée bordée de cyprès qui débouche sur un mas noyé au milieu des chênes centenaires. L'ensemble donne à Lio un sentiment de sérénité, de pérennité, une carte postale vivante.

« Lio, je te présente 'La Farigoulette' .. » lui dit Christine, en sortant de la voiture, et poursuit « . et toi 'Notre Mas' je te présente Lio, donne lui plus qu'elle ne te demandera. »

Les 'présentations' se poursuivent avec Mme Mendosa, qui vient au devant d'eux, en essuyant se mains sur son tablier, afin de les aider à vider la voiture. Tout le monde participe, l'on dépose les affaires au milieu du vestibule et Christine décide en 'chef de maison' :

« Nous finirons tout à l'heure, maintenant il est temps de passer à table, cette odeur de ratatouille est trop bonne ! »

Lio qui tout au long de la route s'était fait expliquer les noms des senteurs naturelles, demande alors s'il s'agit d'une nouvelle herbe ! Trois éclats de rire sont la réponse qu'elle obtient, dans un premier temps, avant que la cuisinière n'explique de quoi il s'agit.

Elle part rejoindre son mari qui l'attend pour déjeuner, et tous trois l'entendent rire toute seule dans l'allée et s'exclamer :

« Ah, la pitchounette, la ratatouille, une herbe ! »

Après ce déjeuner traditionnel accompagné d'un rosé de pays, ils installent d'abord leur invitée et l'incitent à faire une sieste, coutume indispensable du 'pays', le temps de laisser passer la grosse chaleur. Lio ne conteste en rien leur 'autorité', la tête lui tourne quelque peu, certainement le soleil, le grand air et tout ce bonheur .. Le petit rosé servi frais n'apparaît pas dans sa liste !

François et Christine finissent de ranger leurs affaires silencieusement et afin de ne pas déranger leur amie s'octroient une petite sieste, tout ce qu'il y a d'honnête et de réparateur. A partir du milieu de l'après midi, ils se retrouvent chacun à leur rythme sous la véranda, devant une orangeade dans laquelle baignent quelques glaçons.

« Alors Lio, reposée ? »

Celle-ci regarde Christine en souriant et lui répond :

« Tu sais, je crois que le vin .. » La fin de la phrase est couverte par le rire des deux époux.

« Nous savons ! .. » reprend François dans un sourire complice, et poursuit :  « .. si tes forces te le permettent, non ! J'arrête de te taquiner, nous allons te faire visiter notre domaine, qui sera dorénavant aussi le tien. »

Lio ne veut pas être de reste et lui rétorque :

« Mon état étant celui que tu connais, je ne pourrais accomplir cette visite qu'en me soutenant à ton bras ! » elle le regarde avec un sourire de défi, il se retourne vers sa femme qui tout en essayant de garder son sérieux, les coudes sur la table et les bras écartés, lui fait comprendre qu'il n'a que ce qu'il mérite.

Et c'est ainsi qu'ils opèrent. Lio profite de chaque arrêt pour laisser reposer sa tête sur l'épaule de François, avec un clin d'oil à l'adresse de Christine. Celle-ci apprécie la répartie de son amie ainsi que sa simplicité, elle a envie : elle fait ! , et sourit à la petite gène de son mari, pris à son propre jeu.

Lio découvre avec ravissement les restanques et leurs champs d'olivier, qu'entretient M. Mendosa, la forêt de chêne liège à l'arrière de la maison, les couleurs vives des champs de lavande au loin, hors de la propriété et .....la piscine, ovale et remplie d'une eau d'un bleu translucide sous le soleil brûlant.

Là, le bras de François devient inutile et Christine devinant l'envie de baignade de Lio, l'accompagne vers la maison afin que toutes deux puissent se changer.   Elle réapparaissent quelques minutes plus tard, Christine dans un bikini très seyant qui embellit son bronzage et Lio en maillot une pièce d'un jaune très chaud qui fait ressortir au mieux le mat de sa peau. Elles semblent deux sours. François avait sorti entre-temps les trois chaises longues et leur coussin, il peut à son tour aller se changer. A son retour, il les retrouve dans l'eau, s'éclaboussant comme des enfants ; son épouse a enlevé le haut et cela ne semble gêner en rien la prude Lio, telle se l'imagine-t-il à cet instant.

Ce qu'il ignore, c'est que les deux femmes se sont entretenues pendant son absence, Christine souhaitant l'assentiment de sa jeune amie. Le reste de l'après midi se passe en baignade, bain de soleil et lecture. Dans le calme de la 'Farigoulette' et la bienveillance de Christine qui garde à portée de main la boite à remède, récupérée dans la valise de son invitée sur les indications de Lee Ann.

Elle n'en eut pas besoin. Lio émet le souhait d'appeler sa sour afin de la rassurer, cette journée s'étant divinement bien déroulé, et elle lui en fait part. La soirée s'achève autour d'un frugal repas pris sous les étoiles, les paupières tombent et cette fois le vin ne fut pas le seul incriminé. Christine pose la boite à médicaments sur la table de nuit de son invitée en lui enjoignant de les appeler si .....quelque chose n'allait pas, lui baise le front et gagne sa chambre, son mari attendant pour faire de même, il s'approche à son tour. « Attends, quelques secondes, s'il te plait. Assieds toi à coté de moi, plus près ! je veux te rendre quelque chose que tu m'as confié, il y a cinq jours .....ferme les yeux, ça me sera plus facile. »

Et là, elle dépose un baiser sur ses lèvres et lui dit, espiègle : « Bonne nuit ! » se retourne et se cale sur son oreiller en pouffant. Il ne s'y est pas attendu, ouvre des yeux ahuris, se souvient de ce mardi dernier, sourit en pensant qu'elle n'avait rien perdu de son geste de tendresse, se lève et lui rend son 'bonne nuit' tout en quittant la chambre. Cette nuit là, le couple s'abstient de faire l'amour, ne voulant pas prendre le risque de déranger leur invitée.

C'est un sacrifice, mais ils y consentent de bon cour, ils ont toute la vie devant eux, ce n'est pas le cas de Lio.

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 Question :  Comment se nomme le mas provençal ? "Les restanques", "La Farigoulette" ou "Le Soleillou".

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