Un
léger frisson lui parcourant le dos qu’aucun drap ne recouvre, Lio s’éveille
sous la fraîcheur de la nuit entamée.
Elle
sourit en constatant qu’elle est toujours couchée en grande partie sur son
bien-aimé….endormi.
Se
glissant à ses cotés sans bruit, elle se dirige vers la salle de bain pour une
douche amplement méritée et bienfaitrice.
L’eau
ruisselle sur sa peau de façon apaisante et lui révèle quelques
marques rougies laissées par son passionné amant.
A la
pensée de ce souvenir très présent, elle sent son corps s’éveiller et ne met pas
seulement cela sur le compte de l’eau.
Bientôt cependant une autre sensation monte en elle, plus sournoise et
rapidement cruelle.
« Oh
non ! »
Elle
se précipite vers sa table de chevet, dans ce qu’elle s’efforce être un relatif
silence malgré les crispations annonciatrices, attrape le flacon et s’en
retourne tel un animal blessé vers son refuge dont elle referme la porte.
La
gélule vite avalée, elle se glisse sous la douche, dont elle n’a pas couper le
jet dans sa précipitation, et se recroqueville en attendant l’ennemi. La crise
est sévère, et ne pouvant refreiner sa nausée son estomac rejette son contenu
avec douleur.
L’eau
bienfaisante lave son visage, ouvrant les yeux elle aperçoit dans les vomissures
des filets de sang.
A
cette vue et à la pensée qu’elle pourrait se noyer en cas de syncope, elle cède
à une panique bien compréhensible.
Se
relevant brusquement comme pour fuir, elle glisse sur la faïence et n’a le temps
que d’agripper le rideau de douche avant de frapper de la tête le rebord et de
sombrer sans connaissance.
« Tout doux, ça va aller, je suis là ! »
Elle
frisonne, couchée dans le lit. Il la recouverte du drap et d’une couverture
légère, mais n’a pas pris le temps d’essuyer son corps, lorsqu’il la trouvé
inanimé.
« Je
suis désolée de t’avoir réveillé. »
« Ah ! ça va mieux, je retrouve mon adorable idiote, avec ses réflexions
stupides. Ce n’est pas toi qui m’a sorti du lit, mais le bruit que tu as fait en
démolissant la moitié de la salle de bains. Tu sais, nous t’avions dit Christine
et moi de nous appeler dans ce cas de figure, j’aimerai être sur de pouvoir
avoir confiance en toi si cela devait se reproduire, je suis sérieux Lio. »
Gravement, elle lui donna son accord et jura d’obéir, puis :
« Dis, tu ne viendrai pas te coucher, tout contre moi, j’ai un peu froid » ceci
dit avec des yeux de biche implorante.
« Ok,
juste le temps de prendre une douche rapide, histoire d’être présentable, tu
comprends ? »
Oh
oui ! elle a parfaitement compris et se pelotonne d’avance en chien de fusil,
dans l’attente qu’il la réchauffe contre lui.
Elle
ne lui a pas fait part de sa peur devant les traces de sang, demain sera un autre jour, maintenant elle se
sent très lasse, le stress accumulé et la fatigue découlant de leurs joutes
amoureuses lui tombent dessus d’un coup.
Lorsque François revient, en catimini, il la découvre endormie, serrant
l’oreiller contre elle en guise de compagnie.
Il se
glisse sous le drap, tire sur elle la couverture qui a légèrement glissée, et se
blottit contre sa jeune maîtresse en lieu et place de l’oreiller à qui il
redonne son usage habituel.
Elle
tressaille à son contact, et dans son sommeil, se cambre afin de profiter au
mieux de la chaleur de son amant.
Lundi 15 juillet
Un
rayon de soleil, déjà bien haut, le force à ouvrir un œil. Il la découvre à son
coté, appuyée sur le coude, en train de l’observer dans son réveil. Elle est
belle et fraîche, comme une fleur sous la rosée du matin, nulle trace sur son
visage de leurs ébats nocturnes ou de l’épreuve endurée, privilège d’une
jeunesse éphémère.
« Bonjour, mon prince charmant ! »
« Bonjour, petite fée, tu es réveillée depuis longtemps ? »
« Non, pas trop. J’aime bien te voir dormir, et j’aime plus encore me réveiller
près de toi. » Elle dépose un baiser sur ses lèvres, puis se pelotonne contre sa
poitrine, en l’enserrant comme son bien le plus précieux.
« On
fait quoi aujourd’hui ? on pourrait rester au lit ? »
« Ta
ra tata ! tu veux me tuer sorcière ! »
« Tiens, je suis passée de l’état de ‘fée’ à celui de ‘sorcière’.»
« Tu
sais très bien de quoi je parle, ensorceleuse ! je te propose une journée en
amoureux avec promenade, restaurant, baignade et en fin de journée …..une partie
d’échec. »
« D’accord, et le gagnant fera l’amour à l’autre ? »
« Je
ne vois pas ou est le perdant dans ton gage ? »
« Allez, ne discute pas, mauvais joueur ! »
« Ok ! je n’émettais qu’une objection de principe, juste pour élever le débat,
j’accepte le challenge ; on se lève ? »
« T’es sur ? tout de suite ? » en se coulant contre lui.
« Je
vois, il va falloir que le plus adulte montre l’exemple »
Ce
disant, il lui applique une tape sur les fesses, et bondit hors du lit, avant
qu’elle n’est le temps de l’emprisonner.
« L’adulte a montré un drôle d’exemple à l’enfant que je suis. »
« Ma
pauvre petite chérie, tu ne m’as jamais semblé être une enfant cette nuit dans
mes bras, ni avant d’ailleurs ! »
Mutine et boudeuse, du moins le mimant à merveille, il l’abandonne dans son
grand lit et gagne la salle d’eau.
A
peine s’est-il glissé sous la douche qu’il entend :
« Toc
toc, y a t il de la place pour deux la dessous ? »
« Tu
ne cèdes pas facilement, hein ? » tout en souriant.
« Oh
si pourtant !, aurais-tu une aussi mauvaise mémoire ! bon, je vais préparer le
petit déj’ » tout en refermant la porte.
Surpris de cette retraite à laquelle il ne s’attendait pas, il cherche à la
rappeler en s’écriant aussitôt.
« Lio, attends …. »
Le
rideau de la douche s’écarte instantanément pour laisser apparaître une
frimousse enjouée et victorieuse. Elle a bien fermé la porte, mais en restant à
l’intérieur de la salle d’eau.
« Oui, tu m’appelles ? » le plus innocemment du monde.
Le
reste de la scène est d’abord indescriptible, il l’attire sous la douche avec
lui, s’ensuit un simulacre de combat aquatique, armistice très amiable, pour
finir par une inéluctable réconciliation aussi passionnée que torride.
Mais
laissons pour cette fois aux amants, leurs moments de complicité et d’intimité.
« J’ai une faim de loup » L’un et l’autre sont dans ce cas, les confitures et pains grillés sont dévorés avec un
égal plaisir.
« Hum ! c’est bon, ça fait du bien. »
Leurs
regards se croisent, et tous deux éclatent de rire, en pensant à la même chose.
« Tu sais ce qui me ferait plaisir ?» murmure -t-
elle, la mine enjouée.
« Certes j'en ai une petite idée !» avec un petit
sourire malicieux.
« Mais non, sot et obsédé que tu es ! vraiment,
j'aimerai que nous retournions tous les deux dans la crique, au bord de mer.»
« Sans problème, et puis-je te demander pourquoi ?»
« Tu peux !»
« D'accord, je vois ! pourquoi souhaites-tu y
retourner ?»
« Parce que j'ai adoré cet endroit .....et que c'est
là que nous nous sommes dévoilé pudiquement l'un à l'autre.....»
« Et .....» sentant qu'elle ne disait pas tout.
« Et j'adore le contact de l'eau sur mon corps, la
volupté que l'on ressent à se baigner nue dans la mer, à faire partie de
l'élément liquide, à s'immerger dans ce monde vivant, sentir le goût du sel,
ressentir le contraste entre la chaleur du soleil sur mon visage et la fraîcheur
de l'eau sur mon corps, .....»
Le temps de confectionner un panier pique-nique et les
voilà sur le chemin de leur après-midi "marin".
A leur arrivée, l'endroit est encore désert, cela ne sera certainement pas le
cas après déjeuner. Profitant de la solitude matinale tous deux se dévêtissent
et, la main dans la main, se glissent avec volupté dans l'élément liquide. Le
rapprochement inéluctable de leur corps les aident à se protéger mutuellement de
la fraîcheur de l'eau, mais attise également avec force un désir qu'ils
partagent à fleur de peau. Ce qui s'ensuit
n'appartient qu'a Poséidon, seul maître des lieux.
«Existe-il dans l'univers quelqu'un qui ressente ce
que j'éprouve avec toi depuis ces quelques jours ?»
Tous
deux sont allongés nus, à plat ventre, sur une grande serviette, jouissant d'un
soleil encore complice. Ils n'ont pas souhaité se rhabiller afin de tenter de
garder "leur petit coin", juste à eux, pensant que leur "tenue" rebuterait les
plus conformistes.
«Dans l'univers !?» Rien que ça, relève-t-il.
«Oui ! parce que sur terre, je sais que non ! D'abord
tu devrais en être flatté !..... et puis si j'ai parlé de "l'univers", c'est par
association d'idée, je sentais les rayons du soleil me réchauffer et en pensant
à lui, à notre étoile, je me suis laissée "embarquer" vers l'infini !»
«Et ...?»
«Et quoi ?»
«Allons, je te connais, ma "petite" chérie, où veux-tu
en venir ?»
«"Petite chérie" = petit amour !»
«Pas du tout ! et tu le sais parfaitement bien,
"petite" a pour moi une "ENORME" importance, c'était ton "prénom" avant que
je ne le connaisse !et je t'interdis de douter de la force de mes sentiments, et
....»
«Pardon, ce n'était pas malin de ma part......mais
j'avais tellement envie d'entendre tout ce que tu viens de me dire, que je ne
regrette rien, pas fâché ?»
«Je me suis encore fait "avoir", c'est cela , hein ?»
«Pour ce qui est de "posséder" l'autre ....» En
pouffant discrètement.
«Ce n'est pas le sujet, emberlificoteuse !»
«Emperli....??»
«Non ! emberlificoteuse, cela signifie : "rouler
quelqu'un dans la farine" avec malice.»
«Et là ! tu crois que ça m'avance ?»
«Oui, C'est vrai ! laisse-moi réfléchir, comment
pourrais-je te définir cela plus clairement»
«Tu veux dire que je suis trop sotte pour comprendre
?»
«Tu vois, tu recommences. C'est exactement ce que tu
fais constamment, cela doit être une seconde nature chez toi. C'est "tromper
quelqu'un en lui faisant croire n'importe quoi" en lui racontant des histoires,
ou en le déboussolant.....ce soir je regarde dans le dictionnaire !»
«Avant ou après ?» en minaudant.
«Je préfère ne rien répondre et faire celui qui n'a
pas compris !Par contre si nous revenions "à nos moutons", en voulais-tu en
venir tout à l'heure, et n'élude pas ! je t'ai "à l'oeil" , d'autant que je ne
plaindrai pas de ce que je vois !»
«Moi non plus, je ne plaindrai pas, j'aime que tu me
regardes ! Mais tu as raison, tout à l'heure je laissais vagabonder mon esprit,
et me posais la question de savoir ce que nous représentions dans l'univers,
peut-être de ma part une façon de relativiser mon passage, mais la problématique
est la même pour tous, qu'est-ce que la durée d'une vie, longue ou courte, au
regard du temps ? Donc, mis à part la durée relative, quel rôle jouons-nous ?
quel est notre intérêt dans cette ensemble ? Pas notre intérêt personnel, mais
celui que nous représentons pour cet infini "contenant", si contenant il y a,
bien qu'il soit indiscutable nous en soyons le contenu, nous les "terriens",
notre système solaire,les étoiles, les galaxies,etc... »
«Mignonne et ..... pleins de choses dans la tête !»
«Ne te moque pas sinon .....» en resserrant les bras
autour de sa tête, tourné à son opposé.
La sentant se crisper, lui se tourne sur le coté, vers elle, une main posée sur
le bas de son dos, qu'il sent frémir.
«Ce n'est pas le cas, Lio ! Les réponses, si elles
existent, sont en toi, ma belle ! Tout ceci est du domaine de la conviction
scientifique ou de la croyance personnelle ou de la foi, mais ne repose sur
aucune certitude, aucun fait établi. Personne, ni aucun livre ne pourrait
t'apporter de réponses satisfaisantes à ces questions "très" essentielles. Là où
je te rejoins d'une certaine façon, quelque chose qui me donne de la force dans
notre histoire, c'est la relativité du temps. Je veux bien sur parler du temps
terrestre par rapport au temps sidéral. Si tant est qu'il existe une vie après
la mort, as-tu pensé que nous pourrions, au delà de cette "minuscule seconde
terrestre" nous retrouver "après" pour un amour éternel ? Tout ceci peut te
paraître puéril, voire enfantin, irréaliste, mais nous sommes dans le domaine de
"l'improuvé", alors pourquoi cela ne serait-il pas ?»
Elle se tourne brusquement vers lui, les larmes aux yeux, se blottit contre sa
poitrine en position foetale.
«Oh François, cette idée est magnifique, j'ai
tellement pensé à ma séparation d'avec Toi, que je n'ai pas réalisé qu'un jour
il te faudrait "partir" aussi, et c'est vrai peut-être nous retrouverons-nous
"après" ? Cette pensée, j'en suis persuadée, va m'aider dans les semaines qui
viennent, garde-la également dans le coeur, que notre séparation lorsqu'elle se
produira ne te soit pas trop douloureuse.»
La caressant doucement, il la sent se détendre, mais la nature étant ce qu'elle
est, et la jeunesse vivante, ils sont tous les deux obligés de se jeter à l'eau,
en riant, afin de refroidir des ardeurs qui ne laissaient pas de place au doute.
Pendant leur baignade, un jeune couple est descendu sur la plage et a pris place
à bonne distance de leur serviette. Lorsque nos deux amoureux en prennent
conscience, c'est pour s'interroger sur la méthode à utiliser pour regagner leur
emplacement, compte tenu de leur tenue en ne peut plus légère !
«Vas-y, toi ! et rapporte-moi mon tee-shirt !» Implore
Lio, soudain bien pudique.
«Allons, ne t'inquiète pas, que veux-tu qu'il t'arrive
?»
«Ma nudité n'appartient qu'à toi !»
Devant une telle déclaration, François consent et rejoint le bord en toute
décontraction. Semblant prendre tout son temps pour s'essuyer, il finit par prendre le
vêtement de Lio, puis se ravise et s'assoit, au grand désarroi de sa compagne,
dont seule la tête courroucée dépasse de l'eau. Même à cette distance, il peut apercevoir
les éclairs qui jaillissent des yeux furibonds et qui sont censés le foudroyer.
Quelques instants délicieux pour le "tortionnaire" s'écoulent, puis un délicat
petit bras suppliant sort de l'eau pour lui faire signe, signe auquel il répond
avec beaucoup d'affection et de spontanéité, agrémenté d'un baiser soufflé dans
le creux de la main, mais qui ne semble pas connaître "d'effet retour".
C'est ce moment que choisit le couple voisin pour se diriger vers la fraîcheur
de l'eau ......dans le plus simple appareil !
Boudeuse, notre naïade sort à son tour, sans plus de gène qu'eux, les salue d'un
petit signe de tête, en les croisant, et rejoint d'un pas martial le "campement".
«Tu l'a fait exprès !» campée devant lui, les mains
sur les hanches, les jambes écartées, dans une posture qui se voudrait spartiate
et sans appel.
«Quoi !?» tout au spectacle du corps dévoilé, que le
soleil en contre jour auréole divinement.
«Tu le sais bien, ne pas me rapporter mon tee-shirt»
«Pour quoi faire ?» Histoire de gagner un peu de
temps.....faire durer le plaisir, toujours, en bon hédoniste qu'il est.
«Comment ça "pourquoi faire ?", tu me l'avais promis»
«Oui, mais je me suis trouvé devant un grave cas de
conscience .....» Semblant reprendre en partie ses esprits
«Oui ......» Impatiente, Tout en croisant ses bras
sous sa poitrine constellée de gouttes d'eau. Le grain de sa peau s'agrémentant
petit à petit d'une "chair de poule" naissante.
«Mais tu ne rhabilles pas, au fait ?» plein d'une
fausse attention et d'une mauvaise foi à posteriori.
«Je le devrai, pour te priver de la vue de mon corps,
mais continue !»
«Eh bien voilà : lorsque je m'essuyais, j'ai entendu
le couple dire que c'était une excellente idée que de profiter des plaisirs de
l'eau dans la plus simple nudité, dans un endroit aussi discret»
«Oui, et alors !» avec un regard soupçonneux vers le
"conteur", mais le ton plus radouci.
«Eh bien, il est là le dilemme ! si je t'avais mené
ton vêtement, ils auraient eu peur de te gêner en y allant, puisque tu aurais
laissé penser que la nudité te dérangeait !Et tu comprends bien que je ne
pouvais pas te le crier d'ici !»
«....et pourquoi ne pas être venu me rejoindre pour
m'expliquer ?»
«J'y ai pensé.....mais je n'aurai pas pu apprécier la
"plastique" de notre jeune "voisine" telle Vénus se rendant en son
domaine aquatique ! » avec un demi sourire
goguenard.
«Tu plaisantes là, j'espère ?»
«Mais bien sur ma "petite" chérie, honnêtement, je
pensais qu'ils allaient se décider plus vite ; mais le comble, je pense...», en
marquant un temps d'hésitation des plus sincère.
«Oui....."mon amour" ?» En crissant des dents et quelque peu sur la défensive.
«Le comble disais-je, c'est que eux attendaient que tu
sortes......Lui, surtout, je crois !» En cachant à peine le fou rire qui le
gagne au spectacle du spectre changeant et si visible des différents états d'âme de sa
"terrible" inquisitrice.
Abandonnant ce rôle de composition, qui lui sied si
mal, elle se jette sur lui et l'embrasse férocement, pour conclure par :
«Je ne crois pas un mot de ce que tu m'as dit, et puis
j'ai froid, sèche-moi !»
«Oui maîtresse, bien maîtresse !» En la frictionnant
avec une tendre délicatesse, et l'ardeur de quelqu'un qui voudrait ainsi effacer
"ses fautes".